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Bohemian Rhapsody

Après m’être refait coup sur coup « Moulin Rouge », « Chevalier », et l’incontournable « Wayne’s world », j’ai enfin trouvé le temps de filer me lover dans un fauteuil moelleux, un paquet de bonbons à la main, pour me repaître enfin de VRAI son après une semaine un peu chargée.

Dans la salle, que du grisonnant. A croire que les moins de 45 ans ne savent pas ce qu’est une bonne bande son. Du coup, je me suis sentie un peu seule avec mes bonbons, mais qu’importe ! Je n’étais pas là pour reluquer la salle. Et grand bien m’en fit puisque le spectacle était vraiment sur la toile, à grand renfort de paillettes, de costumes dans la plus pure lignée 70’s puis 80’s (du pur Mercury’s quoi), de too much à volonté. On en prend plein les yeux, et les oreilles, et le pire c’est qu’on en redemande.

Çà et là, quelques pépites sont distillées, planquées à destination de ceux qui auront la subtilité de les débusquer. Ma préférée est sans conteste Mike Myers en agent sans flair réfutant Bohemian Rhapsody. Les vrais amateurs de « Wayne’s World » apprécieront toute la finesse de sa répartie, quand on sait qu’en 1992, c’est lui qui a ému le groupe en leur demandant l’autorisation d’utiliser leur morceau dans son film quelques mois après la disparition de Freddy Mercury, et a permis au tube (alors oublié) de devenir numéro 2 des charts aux USA. Joli clin d’œil.

Le reste du film est à la hauteur de la Diva qu’était Freddy Mercury : emphasé, démesuré, et touchant dans sa perdition. En bonne « ménagère de plus de 40 ans », je ne connaissais pas Rami Malek (les séries B, c’est pas mon truc…). Pourtant, la façon dont il s’empare de la personnalité du rocker est bluffante. Pas étonnant que l’atmosphère ait été électrique sur le tournage… Et quand on sait que « Borat » était pressenti initialement pour le rôle, on en frissonne de soulagement.
L’accent est particulièrement soigné sur le lien fort qui relie les membre du groupe (on sent bien que le sujet a prêté à débat…), et même si le rôle central et fédérateur du chanteur reste évident, avec tout le talent du monde, Freddy Mercury sans ses musiciens n’aurait jamais été Queen. Rendons-leur justice : ils ont bien fait d’insister pour prendre une vraie place dans le biopic.

Je suis pourtant sortie de la salle un peu sur ma faim, malgré mon paquet de bonbons. J’en attendais un peu plus qu’une longue description de sa descente aux enfers, puis retour sur le Live Aid.  Ça a beau avoir été « la plus grande performance live de tous les temps », sans tomber dans un voyeurisme sordide, quid des 6 dernières années qui furent également prolifiques ?

N’empêche que je vais filer la dégoter, l’intégrale, pour la passer en boucle à fond. Entre deux CD de Abba. Ou de Bonnie Tyler. Et mes trolls, ils chanteront à tue-tête avec moi dans la voiture. En secouant leurs cheveux.

M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.

The Greatest Showman

Un hiver qui n’en finit plus de ruisseler, une envie de sortir un peu du cadre habituel des blockbusters qui tiennent le devant du pavé, et puis une promesse de soirée avec Wolverine, il n’en a pas fallu plus pour me convaincre de consacrer ma dernière soirée de maman « Off » à l’obscurité d’une salle.

Alors on va commencer de suite par ce qui fâche un peu, à savoir le petit raté du film.
Parce que oui, il y a une chose qui a franchement déçu le bon public que je suis pourtant. Autant en effet je salue la gentille idée du réalisateur d’avoir tenu à éviter d’utiliser de « vrais » animaux sur le tournage, autant les éléphants sont (outre gigantesques) très bien réussis, autant les cavaliers qui se laisseront porter par le film retomberont violemment sur terre en accrochant de l’œil la cadence mécanico-rigide des faux-vrais chevaux que l’on voit passer en arrière plan des chorégraphies de cirque. C’est dommage, surtout quand dans le discours marketing diffusé sur tous les sites de cinéphiles on vante la qualité des images de synthèse. Franchement, c’est un bel échec numérique. Auraient mieux fait de s’abstenir.

Mais il faut rendre à César ce qui est à César : si lions, chevaux et autre bestiaux pixelisés sont un vrai ratage, je dois avouer que tout le reste, sans exception, est une belle réussite.

Hugh Jackman n’avait pas réussi à me convaincre dans les Misérables. Il semble que depuis il ait pris quelques leçons pour poser sa voix, qu’il a fort belle d’ailleurs. Convaincant et entraînant, il impose son rythme sur chacune des chorégraphies qui jalonnent le film et vous font à battre la cadence de manière instinctive.

On est transporté par une bande son rythmée et superbe, on se laisse emmener dans des décors improbables, et on reste envoûté par une atmosphère colorée et festive dont même les costumes sortent de l’imaginaire du réalisateur et donnent à l’ensemble une cohérence et une dynamique qui ne sont pas sans rappeler un certain film de 2001 qui réunissait merveilleusement bien Nicole et Ewan…
Zendaya et Zac Efron prennent parfaitement bien le relais, tant sur la piste de danse que sur le terrain lyrique. L’alchimie fonctionne à merveille.

Alors si vous avez le rythme facile, que vous aimez les belles histoires, que vous voulez vous réchauffer un peu les oreilles, et si vous avez aimé « Moulin Rouge », vous adorerez The Greatest Showman.

M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien…

Seven Sisters

Moi, depuis Millenium, je suis une inconditionnelle de Noomi Rapace. Alors la promesse d’en avoir 7 sous les yeux pendant 124 minutes était  comme un petit Noël avant l’heure.

Une fois n’est pas coutume, la mise en route a été rapidement bouclée. Une voix off généralise le contexte social, et en deux minutes on est transporté dans un monde futuriste sombre et dictatorial. Un peu rapidement quand même. On aurait aimé s’imprégner davantage des premières années de vie des soeurs qui à elles seules valent sans conteste un film entier…

On se surprend aussi à accepter l’origine de l’intrigue (une surnatalité qui  n’est pas traitée en amont mais en aval des naissances…) sans se poser plus de questions d’éthique que ça. Le spectateur est prié de laisser sa déontologie à l’entrée de la salle.

Pourtant, une fois lancé, le scénario nous saisit et Noomi nous emporte d’une personnalité à une autre avec une aisance frisant la schizophrénie. Elle déploie là tout son talent d’actrice, tantôt fragile et effacée, tantôt garçonne au physique athlétique, voire bimbo évaporée. Ces transformations impressionnantes sont presque déstabilisantes. Toute la prouesse technique du film tient dans cette capacité à superposer 7 scènes tournées d’angles de vue différents pour permettre une cohabitation x7 à l’écran d’une seule actrice. Bluffant.

Mais là où j’ai été littéralement soufflée, c’est dans cette capacité qu’à eu notre Karen Settman à changer son mode de combat en fonction de la soeur interprétée. Si vous avez déjà essayé de jouer à la bagarre avec vos trolls, votre chien, ou tout simplement devant un miroir dans l’intimité de votre chambre (si si si, ne niez pas, on l’a tous fait !), vous aurez remarqué que même si l’on est (au choix et dans le désordre) une princesse, un chevalier, un extra-terrestre, Wonderwoman ou Jason Bourne, on est toujours des pros du combat, avec les quelques malheureux mouvements copiés sur nos vieux épisodes de Bruce Lee en VHS (et toujours les mêmes, les mouvements. Parce que faut pas exagérer, on n’est pas tous des pros du krav maga…).

Noomi, elle, elle nous sort autant de types de combativité que de soeurs. Et le pire, c’est que chacune est ultra-pertinente. Et de la combativité, il lui en a fallut un paquet. Cramponnée au fauteuil, les pieds sur le dossier de devant, j’ai passé ma soirée à me ronger les ongles, à pousser des petits cris, et à essayer de m’y retrouver dans ce dédale de jumelles. Crevant.

Bref, j’ai adoré. Une bonne petite poussée d’adrénaline comme je les aime, qui vous donnerait presque envie de vous remettre au sport. Ou en tous cas de mettre des baskets pour aller au bureau.

M’enfin moi,j’dis ça, j’dis rien.

Lion

Bon, au départ j’étais motivée pour aller voir Rock & Roll. Certes, un registre différent…
Allez savoir ce qui m’est passé par la tête, j’ai regardé une bande annonce au hasard. Bonne ou mauvaise initiative, je me suis retrouvée au bord des larmes, toute pleine de sentiments. Et là, je suis tombée sous le charme d’un film dont l’affiche est pourtant un rebutoir à elle seule, et le titre un mystère.

Toute à ces sentiments inattendus, j’ai choisi d’assumer pleinement ma gorge serrée et mes yeux piquants, et aller plus loin dans l’exploitation du mouchoir de poche.

J’ai eu tellement raison !

Du premier au dernier rang, une salle comble comme j’en ai rarement vu. Tous ages, tous profils. Des grands, des petits, des jeunes, de moins jeunes… Il semble que le bouche à oreille ait particulièrement bien fonctionné, et je comprends maintenant pourquoi.

Parce qu’on a beau s’y être préparé, ce film vous prend aux tripes avec une force incroyable, et vous emmène au-delà de vos sentiments les plus refoulés. Je vous mets au défit de sortir stoïque et  émotionnellement inchangé de sa projection.
Un raz de marée d’empathie qui vous bouleverse de part en part, qui vous transporte en perte totale de contrôle tant du fait d’un Dev Patel incroyablement touchant, que d’une Nicole Kidman qui est allée sans doute chercher toute sa justesse dans son propre vécu (et oui, j’avoue, je lis les magazines people dans les salles d’attente…). Quand au petit héro de cette épopée, Sunny Pawar, il vous donne  la furieuse envie de vous précipiter à Calcutta pour aller sauver le monde en général, et lui en particulier.

On sort de là heureux d’avoir pleuré. Parce qu’on se sent humain de nouveau. Parce qu’on est vivant et chanceux. On regarde avec détachement nos petites tracasseries quotidiennes qui, au final, ne valent certainement pas l’énergie que l’on déploie pour les combattre, et on se demande ce qu’on pourrait bien faire pour être quelqu’un de meilleur. On se surprend même à sourire à son voisin, à tenir la porte à cette mamie qui s’essuie encore ses larmes en riant de ses émotions, à tendre un mouchoir à ce jeune papa dont les joues ruissellent encore pendant qu’il rassure sa moitié.

On a plongé direct dans des sentiments qu’on croyait réservé aux faibles et aux fragiles. Et qu’est-ce que ça fait du bien !

Un savant mélange de « La vie est belle » et de « Se souvenir des belles choses ». On en redemande.
Pas le monde du cinéma semble-t-il. 6 nominations et pas une seule statuette à la clé. Qu’à celà ne tienne. Et si le public se chargeait de rééquilibrer les votes ?…

Vous devriez plonger vous aussi.
M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.

Un sac de billes

S’il y a bien un livre qui m’a marquée étant petite, c’est bien celui de Joseph Joffo… Je me souviens pourtant avoir hésité en voyant son titre, loin de mes chevaux, licornes et autres histoires de princesses. Mais, à l’époque, j’avais l’intelligence d’écouter les conseils de ma maman (je me suis rattrapée depuis…), et j’ai dévoré les 300 pages du bouquin. J’avais 9 ans.

Ce témoignage de volonté et de force n’a jamais cessé de m’accompagner, et aujourd’hui, j’aimerais que mes trolls accrochent autant que moi sur cette leçon de vie, et de haine, pour faire en sorte que les volontés politiques extrémistes de certains ne trouvent pas d’écho dans leur avenir d’électeurs.

Alors cet après-midi, j’ai prévu de passer commande du livre, et de le glisser sur la table de chevet de mon grand troll de 12 ans.

Parce que le film, lui, il m’a fait l’effet d’une bombe. L’histoire, nombreux sont ceux qui la connaissent. Deuxième mise à l’écran après un succès phénoménal en 1975 (et non, je ne laisserai pas mes collègues me chambrer : je ne l’ai pas vue, cette version-là. Trop jeune 😉 ). Mais là où je salue une réussite pleine et entière, c’est dans ce casting. Certes, il y a Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiick. Et Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiick, c’est quand même un p…n de bon acteur quoi qu’on pense de ses talents de chanteur. Moi, son profil « acteur », je cautionne à fond. Et Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiick, je l’ai entendu lors d’une interview radio cette semaine. Il parlait de ses collègues imberbes, les deux chtis jeunots que l’on voit sur l’affiche. Et il en a dit beaucoup de bien, Patrick. Un truc vachement joli du genre « un film comme celui-là, je n’aurai pas accepté de le faire si les autres acteurs n’avaient pas été à la hauteur ». Et bon sang qu’ils sont à la hauteur Dorian Le Clech (le petit) et Batyste Fleurial (le grand) !

Non seulement ils ont vrillé mon petit cœur de maman en moins de deux secondes avec leur spontanéité, mais ils ont réussi l’exploit, alors que dans ce sens là je suis plutôt mauvais public, de me faire applaudir l’adaptation écran d’un livre que j’adore.

Si leurs personnages, criants de vérité et pleins de fraîcheur, m’ont conquis, je dois aussi faire un aveu qui pourtant me coûte : il en est un autre, passé presque inaperçu au casting, si ce n’est une mention de son intervention amicale dans le générique de début, et qui a complètement renversé la vision particulièrement critique et impitoyable que j’avais de lui. C’est Kev Adams.

Ce « petit con pour ados branchés » dont le dernier spectacle avec Gad Elmaleh m’a fait zapper en moins de 5mn, empoigne là son personnage avec un charisme dont je ne l’aurais jamais cru capable, et il parvient à reconquérir ma sympathie sur un second rôle aussi bref que poignant. Balèze. Il méritait bien une mention spéciale.

Je l’avais oubliée, cette émotion terrible de réaliser que des humains sont capables de descendre aussi bas. Alors qu’on voit le spectre de l’intolérance et la xénophobie reprendre pied dans notre société, la haine diriger les actions et les choix politiques, l’intérêt individuel guider les choix collectifs, j’ai pris une grosse baffe dans la tronche ce matin dans une salle obscure. J’ai fait un parallèle saisissant, comme quoi l’histoire est un éternel recommencement.

Mais ne vaut-il pas mieux prendre une grosse claque et relever la tête, plutôt que perdre son humanité ?
M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.

En équilibre

Quand j’ai vu une nouvelle affiche avec Dupontel ,j’ai foncé.
Quand j’ai appris qu’il avait lui-même réalisé les cascades à cheval, j’ai douté.
Quand on m’a expliqué que Cécile de France avait appris le piano de manière accélérée pour tenir son rôle, j’ai demandé à voir.

Les acteurs français se mettraient-ils à l’école américaine, et assumeraient-ils leurs choix de personnages ?
Il semble bien que oui. Et il était temps.

Il annonce la couleur dès la première image, Albert. Et c’est particulièrement bienvenu. La cavalière que je suis en avait ras la bombe de voir ces acteurs hésitants se faire balloter en selle et se taper le fondement sur des chevaux sédatés.

D’entrée de jeu, les scènes de voltige cosaque effectuées par Dupontel himself valent à elles seules le déplacement. Moi, perso, je ne saurai pas assurer autant.

Non seulement les deux acteurs principaux sont parfaitement crédibles dans leurs profils de blessés de la vie, mais en plus ils donnent envie de se jeter à l’eau aussi, et de réveiller ce qui, un jour, a vibré en nous.
Et d’assassiner son assureur, au passage.

Denis Decourt parvient à faire passer toute l’émotion qui pousse les amoureux des chevaux à tomber du lit aux aurores, à tomber tout court et remonter en selle, ou encore à accepter d’avoir une manucure pitoyable. Un psy nous dirait que pour ce passionné de musique, le transfert a été parfaitement exécuté. Moi, je dis juste qu’il est balèze, le Denis, parce que ce n’est pas simple d’illustrer un sentiment. Déjà que nous, quidam, on a du mal à les montrer…

Dans la lignée de « Danse avec Lui », ce jeu d’équilibriste montre si besoin était que même si l’on parvient à étouffer ses passions, on ne s’épanouit vraiment qu’en les vivant au grand jour (et je ne dis pas ça pour les maris volages qui croiront bon d’appliquer cet adage à leur vie amoureuse, hein ?!…).
Et qu’il faut toujours bien lire les petites lignes écrites au dos des contrats, ou alors avoir un copain avocat.

Et pour ce qui est de la qualité d’images, elle est telle que j’ai presque senti les embruns mouiller mes lunettes. A moins que je n’y sois allée de ma chtite larme, allez savoir.

M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien…

Exodus : Gods and Kings

Un Ridley Scott, ça ne se rate pas.

En tous cas, à mes yeux de spectatrice acharnée, il aurait fallu plus de sept plaies pour freiner mon enthousiasme.

Pourtant, au départ, miser sur une histoire vieille comme Érode, connue dans le moindre recoin de la Terre Promise, et dont qui plus est tout le monde connaît la fin (c’est le Général Moutarde dans la bibliothèque avec le chandelier…), c’est pas gagné.

D’autant que moi, ma culture hébraïque se résume au Yom Kippour, et en ce qui concerne le catéchisme, j’étais plutôt au fond près du radiateur, voire ardente adepte de l’école buissonnière (buisson / ardent… vous me suivez ?…). Bref, pari risqué.

En fait, il y a trois catégorie de spectateurs pour ce genre de film :

  • les inconditionnels de Ridley Scott (dont je fais partie) qui y vont pour l’image et ne seront pas (trop) déçus

  • les 1ers prix de Torah qui passeront tout le film à en commenter les digressions et sortiront hilares, persuadés que ce cher Ridley s’est fait fourguer un scénario au rabais même pas authentique (mes voisins de gauche)

  • les fervents de l’école du dimanche qui, plus discrètement, penseront exactement comme mes voisins de gauche, mais n’en diront pas un mot (mes voisins de droite)

Vous aurez compris que les 2h31 de film n’ont pas été à la hauteur de ce que Gladiator m’avait laissé attendre.

Même si Ridley Scott a su entourer Christian Bale d’un casting plus que convainquant (Sigourney Weaver, Ben Kingsley, John Turturro…), on reste un peu sur sa faim à attendre « encore plus ».

Même si les effets spéciaux donnent bien le change, la 3D reste une option secondaire à mon avis.

Et quand on apprend que l’intégralité du film a été bouclée en 74 jours de tournage, on comprend mieux cette sensation de « pas fini » qui vous saisit au générique de fin.

Trop de paradoxes dans ce film à gros budget qui commence pourtant par une réelle profession de foi du réalisateur, pour finalement nous présenter Dieu comme un gamin colérique et buté.

Probablement que si j’avais été plus assidue au caté, j’aurais compris.
Mais là, non, vraiment. J’ai pas saisi.
Dommage.

M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.

Les héritiers

On a tous un prof qui nous a marqué, d’une manière ou d’une autre. Il y en a toujours un pour sortir du lot et vous avoir poussé vers l’avant, propulsé hors de la médiocre moyenne dans laquelle vous végétiez. Moi, c’était Mme Lebras, prof de français-latin.

Elle avait compris, Mme Lebras. Elle avait vu que l’écrit serait pour moi un exutoire. Elle m’a poussé dans ce domaine de toutes ses forces, m’encourageant à lire, écrire, m’apprenant à jouer des mots comme Bixente apprend à mon fils à jouer de la trompette (le résultat de mes premiers écrits étant au demeurant beaucoup moins cacophoniques que ses premiers morceaux…). Elle savait. Moi, je ne l’ai compris que beaucoup plus tard.

Les Héritiers, c’est un peu un conte moderne. Celui d’un professeur de banlieue « prioritaire » qui croit dans ses élèves et leur apprend à croire en eux-mêmes. A me relire, j’ai l’impression de parler de la série des années 80 « Pause Café »… Et si j’en crois la moyenne d’âge dans la salle, je n’étais pas la seule à pouvoir y faire référence.
Et pourtant, on en est loin.

Une immersion complète en lycée de banlieue, une classe de têtes à claques plus champions les uns que les autres au concours d’intolérance, et une prof toute douce, toute gentille, qui se fait son chemin, et le leur, au milieu de ces presque sauvages.

Oui, j’entends d’ici certains revendiquer le Devoir de Mémoire qui transparaît du film, la dureté de la Shoa, l’acceptation de son prochain, tout ça tout ça.

Pour moi, ce film va beaucoup plus loin que ça. Il montre que dans la haine, il n’y a pas de limites. Que tant qu’on déteste les autres, on ne peut pas s’apprécier soi-même.

Il est dur. Il est tranchant. Il est émouvant. Il montre la rencontre d’ados brutasses avec un mur de haine comme ils ne pensaient jamais pouvoir rencontrer. L’effet tsunami de l’holocauste leur remet les idées en place.

Au moins sur ce terrain là, le peintre moustachu aura fait une bonne action…

Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que le jeune acteur qui joue Malik dans le film est co-scénariste, et est également acteur de son propre rôle. Ce qu’elle tait aussi, c’est que la plupart des scènes de classe ont été tournées en improvisation totale pour les jeunes acteurs. Ce que l’on ignore enfin, c’est que la rencontre avec Léon Zygel a été tournée d’un seul tenant, sans que les jeunes comédiens ne soient dirigés, et sans aucune trame si ce n’est la narration de l’ancien déporté.

Ce que l’histoire révèle en fait, c’est énormément d’émotions. Des sourires, mais aussi quelques larmes. Une dramédie en fait…

Un joli petit moment, de ces perles que le cinéma français sait nous produire de temps en temps, par accident. Presque un documentaire à diffuser dans les lycées.

M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.

La French

Habituellement, on va au cinéma pour se divertir, s’aérer, manger des pop-corns, se prendre pour un super-héros ou encore mieux une bombe sexuelle. Hier j’étais allée voir Hunger Games et j’ai passé le reste de ma journée à chercher mon carquois et mes flèches.

Cette fois, rien de tout ça.

Ceux qui ont traversé les années 80 du haut de leurs 10 ans, comme moi, confirmeront si besoin était que l’on a tous été marqués par l’affaire du Juge Michel. On en a entendu parler, sans trop savoir de quoi il retournait. Ce juge tué sur fond de mafia Marseillaise, de drogue, d’argent, de corruption. Une plongée en eaux troubles qui, à la vue de la bande annonce, m’a donné envie d’en grappiller plus.

Et pourtant, j’appréhendais.

Soit c’était un navet, et je perdais 2 heures 15 et quelques euros, soit c’était réussi, et je repartais avec d’évidentes évidences plein les yeux du degré de corruption qui régnait (règne toujours?) dans les hautes sphères.

Qu’on le veuille ou non, Cédric Jimenez nous assène là un vrai coup de massue, nous obligeant à choisir la pilule rouge et à enfin ouvrir les yeux. Protégeant la réputation de quelques corrompus encore de ce monde d’un judicieux « librement inspiré de faits réels » entraperçu en tout début de film, il balance cash sur les rouages mafieux de cette fin de XXème siècle et nous laisse assommés par une conclusion affligeante.

Bien que brodant également sur la personnalité du juge, et s’attirant au passage les foudres médiatiques de ses filles, il le rend attachant et accessible. Cinégénique, quoi.

On se replonge dans les années 80, avec sa bande son, des DS de fonction, ses papiers peints à volutes, ses nappes à fleurs, ses téléphones à cadran, en évitant de peu les cols pelle-à-tarte et autres pantalons pattes d’éléphants. Bref, on est dedans, de bout en bout.

On a beau en connaître la fin, on y croit tout du long, au combat loyal et droit, à une potentielle fin heureuse.

Le duo Lellouche/Dujardin fonctionne à merveille, la trame est d’autant choquante qu’inspirée de faits réels, et la description qui est faite du milieu Marseillais ne m’a donné qu’une envie, à moi, fille, petite-fille, arrière-petite-fille de Marseillaises, c’est de remonter en vitesse au sommet de ma colline Basque, au milieu de mes pottocks et autres laminaks, et surtout, surtout, loin des trafics citadins en tous genres.

Ce qui se présente comme un « non hommage au juge Michel » vous laisse pourtant sur le carreau devant la volonté de ce héros du quotidien.
On en sort lessivés et franchement marqués.

Aurait-on nous aussi le courage d’aller au bout des choses à ce point ?

Un film qui vous prend aux tripes.
M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.

Bouboule

Dans Bouboule, j’espérai un peu de poésie, je l’avoue. Swann Arlaud m’avait scotchée dans « Bon rétablissement », et la bande annonce semblait prometteuse. Mais l’alchimie n’a pas pris.

J’espérai aussi une morale étayée et cohérente. Une fin qui montre la voie éventuellement à ceux qui se seraient fourvoyés dans les mêmes erreurs.

Mais assister pendant 1h24 à l’auto-psychanalyse de Bruno Deville qui nous démontre comment une mère passive et démissionnaire, de mauvaises rencontres, et un caractère faible peuvent avoir raison de l’éducation et de l’évolution d’un enfant, c’est pas réjouissant.

Au-delà des clichés du « pauvre petit gros » qui subit les moqueries et autres harcèlements de ses camarades, et dont les fréquentations donneraient envie à n’importe qui de fuir illico de ce quartier, on se demande quel est le crétin qui glisse dans le scénario la solution miracle de « d’image paternelle » dont l’impératif saute aux yeux, avant même d’envisager tout simplement une mère adulte et responsable. Une fois décodé, le lumineux conseil médico-psychologique « trouve toi un mec » perd carrément de son bon sens. Le médecin aurait plutôt du dire « trouve toi un cerveau », ou alors « trouve-toi du caractère », deux caractéristiques qui font cruellement défaut au personnage maternel.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, entre initialement deux enfants, financièrement un crédit immobilier, éventuellement un boulot, potentiellement mes obligations domestiques et accessoirement un petit élevage de chevaux, ben prendre le temps de trouver un homme dans ma cambrousse relève de l’exploit chronogénique sauf parachutage express sur ma colline d’un groupe de commandos héliportés (si si si, c’est déjà arrivé, à ma plus grande joie…).

[D’ailleurs, moi, si mec il me faut pour que mes trolls s’épanouissent, il aura intérêt à assurer un max en bricolage, s’y connaître en chevaux, aimer l’isolement, être disponible, ne pas aimer le foot, ne pas être accro à la télé, avoir de l’esprit mais aussi des abdos et des fesses fermes, un cerveau bien rempli et l’envie de continuer à le remplir, de la réplique, de la douceur, et savoir manier le maillet comme Thor (envoyez vos candidatures avec photos, on vous répondra).]

Alors comment veulent-ils que la maman, noyée entre son boulot, ses filles habillées comme des demoiselles de mauvaise vie, et son fils boulimique, parvienne à reprendre le dessus, colle une baffe à sa plus grande avant de l’envoyer se démaquiller, un pied aux fesses à la petite pour lui apprendre les bonnes manières, et envoie son fils consulter Marcel Rufo ? Une fois sa séance de Tae Kwan Do effectuée, elle trouvera 5mn pour se faire belle et rencontrera quelqu’un. Ben voyons.

Dans « Bouboule », on perçoit toute la minabilité (ne cherchez pas dans le dico, je viens de l’inventer…), à savoir l’habilité à être franchement minable, de deux paumés de la vie qui ne se valorisent qu’à travers les yeux d’un gosse de 12 ans mal dans ses rangers, et par le potentiel d’agressivité de leur chien. Retirez le gamin de l’équation, et remplacez le malinois et le beauceron par un caniche et un bouledogue français, et vous brisez complètement les personnages.

Bref, ce qui a été nommé « comédie dramatique » relève pour moi plus de la dramaturge que d’une quelconque comédie. Parce que malheureusement, ce genre de schéma existe, à des degrés divers. Pas forcément besoin d’un enfant obèse ou d’une cité de banlieue pour connaître ce genre de dérapage. Des imbéciles avec chiens dangereux, il y en a partout. Des parents démissionnaires aussi.

Moi, ce film, il m’a fichu le bourdon. C’est dommage, ça aurait pu être un joli moment.

M’enfin moi, j’dis ça, j’dis rien.